Grand-messe
Un fichu noir brinquebalant
Une robe noire, deuil des ans,
Une bouche sans dent glougloutant des Ave Maria
Un fichu noir marmonnant :
une pieuse icône dans le livre de messe
des grands-parents
des grands-parents
deux racines jointes, un chapelet oscillant,
sourcier d’une foi cachée ...
Odeurs de sacré, d’encens;
Procession de petites vieilles
racornies par les sermons du Révérend !
“Piété, justice, mortifications !”
Maintenant la vie : c’est du passé !
“Piété, justice, mortification !”
Procession de vivantes ombres
se macérant
Procession de tremblements, de rides
Procession d’incompréhensions, de soumissions
Procession d’usure, de renoncements,
de cannes tâtonnant ...
Défilé de petites vieilles
s’écoulant à la queue leu leu
du confessionnal jusqu’aux premiers bancs;
Défilés de seins flétris ...
Elles sont agenouillées
les petites vieilles
qui marmottent à mi-voix :
“Mon dieu, ayez pitié de moi !”
Des petites vieilles toujours aux premiers bancs,
à côté de la sacristie
qui s’ouvre sur le cimetière ! ...
Des premiers bancs jusqu’à la sacristie,
de la sacristie jusqu’aux tombes indifférentes,
des premiers bancs jusque dedans les tombes gourmandes,
il n’y a qu’un pas;
point de polka, de valse ou de vingt ans !
Un pas de sainteté,
comme le répète Monsieur le Curé
Elles ne sont pas commes les vieux,
les vieilles !
Eux
ils sont agglutinés aux derniers bancs,
car ils savent que le meilleur remède contre la sainteté,
c’est un verre de vin blanc !
Ils sont entassés dans les derniers rangs,
rotant, chiquant, sentant la gnôle et le même tabac ...
Ils y étaient déjà à vingt ans, sur ce banc,
au ban de l’Eglise,
de la sainteté,
du Curé !
Ils ont peur de cette sainteté
car elle empeste le formol et les dernières formalités ...
Ils se serrent les coudes - les petits vieux -
tous là,
ils ont toujours vingt ans :
près du bistrot, loin de l’encens ...
Les petites vieilles qui prient aux premiers bancs,
les petits vieux qui comptent leur dernière dent ! ...

