
Les Mémoires et Documents de l'abbé Gremaud permettent
de faire remonter plusieurs des familles de Nendaz, au XIIe et XIIIe siècles.
Comme dans toutes les communes, il paraît impossible, à l'exception de quelques
familles nobles, de distinguer plus tôt une famille d'une autre puisque l'on ne
portait que le nom de baptême accompagné de celui du père ou de la localité.
Peu à peu, l'augmentation de la population contraignit à parer à la confusion
et à désigner plus clairement les individus, de là l'usage des noms de famille.
Des éléments divers contribuèrent à leur formation. On peut les classer en
quatre catégories :
1°
Les noms de lieux ou de parchets.
2°
Les noms de baptême.
3°
Les noms professionnels.
4°
Les noms tirés des particularités physiques.
Noms
de lieux.
Une
des principales et plus anciennes famille est la famille Délèze. Une version veut que l'étymologie de ce nom provienne de
Deléglise, famille d'Entremont. Deléglise se prononce en patois Deleis, et par
dérivation Délèze. Une autre prétend que Délèze veut dire la barrière ou claie
de haie. Ces versions sont à notre avis erronées. Le mot Délèze vient d'une
propriété. La majorie de Heiss est citée comme villa de Nendaz dans les chartes
sédunoises au X I e siècle. En 1219, on trouve un Pierre de Heiss ; en 1250 un
Aimgo de Eiss, en 1267 ce nom s'écrit Deys et, en 1300 Mariette Deys et ses
frères doivent le quart des gardes du château de Tourbillon les dimanches.
En 1322, le fief s'appelle Daylleis. En 1439, le nom se
latinise et s'écrit Deleysi. Au XVIè siècle, on trouve à Haute-Nendaz et à
Veysonnaz des de Lise, en deux Delisse, Delese avec un s et enfin Délèze.
Au cours des siècles, la famille Délèze a fourni de
nombreux magistrats et de nombreux prêtres. Permettez-moi de rappeler seulement
M. Léger Délèze, qui fut, en 1848, grand châtelain et président du disain.
Aujourd'hui encore, le président de la commune qui nous reçoit est M. Séraphin
Délèze ; mon prédécesseur comme conférencier est le prieur du Val d'Illiez,
Pierre Délèze, qui compte encore plusieurs confrères de ce nom.
Famille Praz : L'étymologie du nom Praz est
facile. Il vient de Prato, pré. Dans la liste des revenus du Chapitre de Sion,
figure, à la fin du XIIe siècle, un Marie de Pré. La famille Praz serait donc
une des plus anciennes familles existant à Nendaz. En 1150 on trouve un Girard
de Pré et, au XIVe siècle, ce nom s'écrit de Prato. En 1312, on trouve à Clèbes
et à Veysonnaz, des taillables du nom de Pierre de Prato. Ce nom a été latinisé
comme la plupart des noms à cette époque, tels que Imhof de Curia, Imoberdorf
de Vico superiore. La famille Praz s'est répandue au X V I I e siècle dans tout
le canton. Il y en avait à St-Maurice, à Conthey, à Sion, mais dès le X I X e
siècle le nom s'est localisé à Nendaz, où il forme un important contingent du
corps électoral.
Comme la famille Délèze, la famille compte de nombreux
magistrats et prêtres. Permettez-moi de citer l'abbé Joseph Praz, (1861-1930)
décédé récemment, précepteur de la famille de Courten et professeur de
théologie dogmatique et de droit canon au Séminaire, ainsi que le chanoine Jean
Praz, curé de Liddes. Je m'en voudrais de ne pas saluer spécialement ici M. le
député Joseph Praz, qui, s'il l'avait voulu, aurait gravi, il y a quinze jours,
les degrés de la suprême magistrature du canton.
Famille Fragnière. — L'étymologie du nom
Fragnière est Fraxinus, le frêne, ou plutôt le lieu où croît le frêne. Là
famille Fragnière s'appelait primitivement Fragnieri.
On trouve, en 1248, un Guillaume Fragnieri et, dans un
acte de 1408, comme témoin, un Vüllermetus Fragnieri.
Cette famille s'est répandue à Nendaz et à Veysonnaz.
Je tiens à rappeler ici le souvenir d'un membre de la famille Fragnière: le
père Sébastien, (1835-1912), de l'ordre des Capucins, que tous les Valaisans
ont apprécié pour sa bonté et sa piété.
Famille Bornet.
— Le mot Bornet est d'origine germanique et signifie la « source » ou «
fontaine ». Le parchet où se trouvait une fontaine a pris nom de Bornet. Cette
famille est aussi très ancienne puisque,
en 1344, on trouve un Villermus Bornet parmi les clercs
et notaires qui ont juré de respecter les statuts du Chapitre, et qui, pour cet
acte de soumission, reçurent protection, de la part des ecclésiastiques, alors
quels autres notaires n'étaient pas reconnus par la chancellerie épiscopale.
Parmi les personnes marquantes de cette famille, je me permets de citer le père
Capucin Jérémie Bornet, (1837-1891), fondateur du Scholastica de St-Maurice et
vers les années 1878, l'un des fondateurs de l'Ami du Peuple, ainsi que le juge
Bornet de Sierre.
Famille Loye.
Cette famille descend certainement de l'ancienne famille de la Loi, que l'on
trouve déjà en 1221 dans des actes d'échange entre Saillon et le comte Thomas.
En 1296, est mentionné un Richard de la Loi condamné à 15 sols d'amende pour
avoir conduit du bétail à Sion, contre la défense du châtelain de Tourbillon
qui voulait favoriser les jours de marché du bourg de Conthey. Cette famille
est certainement la même que la famille de Lobio que l'on trouve à Nendaz en
1475 et la famille Delaloye qui s'est répandue à Ardon. L'étymologie du mot
Loye est la suivante : La Loye veut dire, en patois, la galerie, comme en
allemand Laube. A Nendaz, ce nom avait été donné à un hameau de Haute-Nendaz.
Les autres noms de familles de lieux sont les Coudray (de Colderay ou Coudrier) qui
n'existent plus à Nendaz et sont répandues à Vétroz, Conthey et Chamoson ; du
Croux, du latin Crux (la croix), il y a encore actuellement un endroit à
Basse-Nendaz qui s'appelle le Cru.
La famille Villard,
autrefois Devillard, que Georges Villard, vers 1650, a illustrée au service
étranger. Le portrait de Georges Villard se trouvait à l'ancienne église de
Nendaz. Villard était un nom de lieu près de Haute-Nendaz.
Cerisier,
probablement la même famille qui s'appelle actuellement Cerise, vient du cerisier ou de l'endroit où poussent les
cerisiers. On trouve, en 1414, Thomas Cerisier, de Nendaz, et en 1727, un
Barthélémy Ciriesi.
La
famille Glassey qui vient
probablement du nom de glacier, est répandue à Mase. Au XIVe siècle, le
banneret des quatre villes de Bramois, Nax, Masse et Vernamiège, était un
Glacier. D'ailleurs, un autel de l'ancienne église de Mase avait été élevé par
un Glacier. Eu 1695, Jean Glassey est métral de Veysonnaz et exerce la justice
et la basse police au nom de l'évêque. Il y eut un novice de l'ordre du
St-Bernard qui fut, en 1874, pris par l'avalanche. Cette famille compte de
nombreux magistrats, châtelains et grands-châtelains.
Les Chardonney viennent de l'endroit où il y avait des chardons. Cette famille a disparu de
Nendaz, ainsi que les familles dou Bouil,
du Bassin, comme Dubuis de Savièse, del Cortinal, du Jardin, dont on en
voit aussi à Grimisuat et de Castellare.
Une famille qui va s'éteindre est la famille Brusson
qui vient de Buisson C'est la même que celle de Fully.
Noms
de baptême.
La famille Michelet,
je n'ai pas besoin de vous le dire vient du nom Michel, comme Michellod et
Micheloud. Cette famille a fourni les hommes les plus illustres de Nendaz.
Citons Jean—François Michelet, notaire en 1810, président du dizain en 1817,
puis grand châtelain jusqu'en 1840 II joue à cette époque un rôle important en
défendant énergiquement les droits des Bas-Valaisans pour obtenir la
proportionnelle, mais se rallie au gouvernement conservateur lorsque, en 1842,
la jeune Suisse devint trop turbulente. Un autre François Michelet se distingue
comme président du dizain. Citons aussi le chanoine Barthélémy Michelet, qui
fut prieur de l'Abbaye de St-Maurice, † 1758, et laissa des notes très
intéressantes sur l'Abbaye. A l'heure actuelle encore, la famille Michelet
compte plusieurs prêtres, tel que le prieur de l'Abbaye de St-Maurice.
La
famille Mariéthod vient du prénom
Marie, Mariette, au génitif Marietti. On trouve déjà en 1439 un Marietti,
Sauthier. Au dire de la légende, cette famille serait encore beaucoup plus
ancienne, puisqu'elle descendrait d'un déserteur des armées de Charlemagne. La
famille Mariéthod a donné au pays plusieurs notaires, et actuellement encore la
ville de Sion possède deux avocats de ce nom.
Les autres noms provenant du prénom sont des noms qui
ont disparu à Nendaz, tels les Agnetis, de Agnès ; Jacquod, de Jacques ;
Crittin, de Christian, à moins que ce ne soit de la Crettaz; les Juliani,
Juilland, Jollien qu'on trouve comme métraux de Veysonnaz en 1245, et les
Perraudi, de Pierre.
Noms de métiers.

La
famille Fournier, autrefois Fornir,
qui, en patois, veut dire celui qui fait cuire le pain comme Fornoz, Fornage.
Le prieur Pierre Délèze a trouvé dans un acte la phrase suivante : Combe Mollitor,
allias Forneri, Fornir, ce qui veut dire que les Fournier s'appelaient aussi
Combe et que c'est la profession de cuiseur de pain qui les a fait appeler
Fournier. On trouve déjà des Forneri au XIVe siècle. Cette famille est, depuis
bientôt 200 ans, la plus nombreuse de la commune de Nendaz.
Comme autres noms de métiers, citons les Piliparius
(Pellissier) qui figurent, en 1344, dans les registres à Fey, et les
Chatronnet, du métier de chatronnier qui datent à Nendaz du XVIIe siècle.
Qualités
ou défauts physiques.
Famille Blanc.
Autrefois Albus, Albi. En 1618, un grand banneret Albi figure dans les
registres de Nendaz et, déjà au XIVe siècle, on trouve des syndics de Nendaz du
nom d'Albi. Cette famille Albus ou Blanc s'appelait en allemand Weiss, Wyss;
d'après une version, elle aurait quitté le Valais vers 1600, et aurait passé au
canton de Berne sous le nom de Weiss. Elle aurait donné le jour à la famille du
général de Weiss et de M. Gabriel de Weiss, avocat à Lausanne.
De la famille Blanc descendent aussi les Blanchet,
Blanchard. Un certain Blanchard a fondé et doté la chapelle d'Haute-Nendaz en
1600.
Les autres noms provenant de qualités sont les Léger,
Rufus, Brunet ; ces deux dernières ont disparu de Nendaz.
Les
autres familles, que je ne puis classer dans les catégories qui précèdent, sont
les familles Lathion, dont
l'étymologie nous est inconnue, et qu'on trouve en Entremont et à Salvan. On
trouve au X I V e siècle, à Veysonnaz, une Marie Lathion. Ce nom viendrait-il
de la montagne de Thyon. Il n'y aurait rien là d'impossible. Je laisse à mon
collègue M. le député Lathion le soin de rechercher ses origines.
La famille Meytain ; en patois Meytain veut dire milieu, et tout porterait à croire que ce nom
vient de là, mais on trouve des Meyten au X V I I I e siècle et la légende
correspondante dit que ce seraient des Schwyzois qui seraient venus des Mythen
pour s'établir à Nendaz. M. l'ancien conseiller Symphorin Meytain, qui a
organisé avec tant d'amabilité la fête d'aujourd'hui, croit plutôt que Meytain
veut dire en patois « l'homme » en opposition à « m a t e », la femme.
Actuellement plusieurs pères capucins honorent cette famille.
Claivaz veut dire en patois une colline, une pente aride. Les Clèvaz de Nendaz viennent
certainement de Sembrancher, ainsi que les Clèvaz de Martigny, qui ont donné au
pays le Dr Claivaz, conseiller d'Etat en 1848.
Famille Bourban.
D'où vient ce nom Bourban ? Des pince-sans-rire insinuent que ce nom viendrait
des Bourbon, parce que certains membres de la famille Bourban avaient un nez «
Bourbonnien ». Viendrait-il de borb, racine du mot français bourbier ? Le
notaire Reymondeulaz croit que Bourban vient de Birnbaum. C'est un peu de la
fantaisie. Le prieur Délèze a trouvé dans un texte le mot Bourban qui en latin
voulait dire « banni du bourg de Conthey ». D'autre part, M. Tamini a trouvé à
Turin, en 1419, la famille Bourban de Nendaz, qui écrivait son nom « Burbant »
Il est regrettable que l'historien Bourban, chanoine de l'Abbaye de St-Maurice,
qui a illustré cette famille par ses recherches archéologiques, n'ait pas fait
une étude sur son nom de famille.
Broccard.
Cette famille descend-elle du village de Broccard, près de Martigny ou du
prénom Borcard que l'on trouve souvent dans les registres, sous « Borcardi » ?
à moins qu'elle ne soit d'origine germanique Burkhardt.
Devène.
Cette famille tend à disparaître à Nendaz. C'est probablement la même que la
famille Devineis. Desvignes, Devinez. Un secrétaire de justice de la majorie de
Nendaz s'appelait, en 1440, Devineis. D'autres croient que cette famille vient
de San Rémi dans l'Aoste.
La famille Gillioz,
du prénom Gilles ou peut-être de Gillioz, nom de lieu à Trient. Elle était
autrefois très répandue dans tout le canton. La souche de la famille Gillioz de
Nendaz est Isérables et celle d'Isérables viendrait probablement du Trient dont
le principal village s'appelle Gillioz. M. Guex, de Vevey, qui s'occupait des
noms de Trient, croit trouver une étymologie du mot Gillioz dans les Gillard,
Joculatores ménétriers.
Cartoblaz.
Cette famille tend aussi à disparaître et son étymoiogie est Christo oblatus
(offert au Christ)
Revillod.
Famille très répandue en France et en Savoie, probablement la même que
Wuilloud, Revilloud, Revillon.
Les Théoduloz sont originaires de Grône et dérivent du prénom Théodule.
Métrailler.
Origine d'Evolène, Salins.
Les Lambiel,
venant du Haut-Valais et arrivés en même temps que les Gouverneurs.
Il en est de même des noms du Haut-Valais, tels que Locher, Mutter, etc.
Pitteloud.
Cette famille vient de Vex ou des Agettes.
Les Vouillamoz (Vulliamus Guillaume) d'Isérables et les Vergères de Conthey.
Les familles Clerc, Oggier, Darioli, Gautschy, Briguet, Monnet, Gaillard, sont
d'orgine récente.
Encore deux mots sur la progression des familles. En
1822, lors du recensement ordonné par la diète, le rang des familles, selon
leur nombre était :
La plus nombreuse était la famille Fournier.
1. Fournier. — 2. Praz. — 3. Délèze. — 4. Bourban.— 5.
Michelet. — 6. Lathion. — 7. Mariethod. —8. Glassey. — 9. Gillioz. — 10. Blanc.
— 11. Blanchard. — 12. Broocard. — 13. Réveillon. :— 14. Fragnières. — 15.
Cartoblaz. — 16. Loye.
Cent ans après, le rang est le suivant: Les Fournier
restent les plus nombreux, puis : 2. Délèze. — 3. Praz. — 4. Mariethod. — 5. Glassey. — 6. Bornet. — 7. Michelet.
— 8. Bourban. —9. Lathion. — 10. Gillioz. — 11. Chatronnet. — 12.Broccard. —
13. Blanc. — 14. Revillod.
On constate que les familles Fournier, Praz, Délèze
restent toujours en tête de liste sauf que les Délèze ont dépassé les Praz et
que les familles Bourban, Blanc, Revillod, Broccard et Lathion sont en
régression, tandis que les familles Mariethod, Michelet, Glassey,Bornet,
progressent.
Depuis 1827 plusieurs familles ont disparu de Nendaz.
Ce sont : Harlittaz, Lavanthier, Copt, Vernaz, Tallagnon, Troillet, Udry,
Dussex et Lugon.
Ce rapide coup d'œil sur les noms patronymiques, nous
montre d'autre part que les anciennes familles de Nendaz, qui constituent la
solide charpente de la population, ne se sont jamais laissé dominer par
l'élément étranger. Elles ont conservé leurs anciennes traditions et le costume
des femmes qui donne au pays un charme tout particulier.
En terminant ce petit exposé, je fais le vœu que la
population saura résister à la tentation de la mode citadine.
Ainsi, la commune de Nendaz, par l'esprit de progrès,
de travail et d'honnêteté de la population, par ses sites que la Providence a
fait enchanteurs, et par le charme de son costume et de ses traditions, restera
un des plus beaux fleurons de la Terre valaisanne.