
On sait que la vie culturelle s'exprime le plus souvent par
la création d'associations, de sociétés, lieux d'expression des intérêts
collectifs et de respiration d'une communauté. Dans un village comme Veysonnaz,
la vie sociale est intense, quotidienne et nécessaire. L'exiguïté des espaces,
la proximité de l'habitat, la nécessité de chaque instant tissent d'intenses
réseaux de relations ordinaires, sources de solidarités et d'actions. Il n'en
reste pas moins que des objectifs spécifiques appellent la mise en place
d'organismes ou d'associations appropriés. L'exploitation d'un alpage,
l'entretien d'un bisse, le chant à l'église, la promotion du ski, voilà autant
d'occasions concrètes de constituer des sociétés locales. Ainsi Veysonnaz s'est
donné un riche réseau de sociétés dont on ne dira jamais assez qu'elles sont
une des bases de la vie collective, instrument de maintien de l'identité
culturelle et lieu d'invention et d'adaptation aux réalités nouvelles. En
quelque sorte, les sociétés locales ont une double mission : conserver et
innover, dire le passé et accueillir l'avenir.
On comprendra donc qu'il nous soit apparu essentiel
d'évoquer les origines et l'activité de plusieurs de ces sociétés locales dès
lors que nous voulions saisir l'essentiel de ce que sont les racines de
l'avenir de notre village. Nous avons dû faire des choix et privilégier les
sociétés dont l'activité culturelle est une dimension essentielle ainsi que les
groupements de jeunesse dont nous croyons qu'ils sont, en permanence, une
interpellation significative.
Vers 1885, Emile Perruchoud,
instituteur, domicilié à Chalais, réside à Nendaz deux hivers durant ; il
enseigne le solfège pendant les llongues soirées de la froide saison. Il se
déplace jusqu'à Veysonnaz, Clèbes et Verrey qui font alors partie de la paroisse de Nendaz.
Quelques années plus tard, ces trois villages fournissent un contingent d'une
vingtaine de chantres au choeur paroissial de Nendaz.
Ainsi, lors de la pose de la première pierre de l'église de
Veysonnaz, en 1907, les membres de la chorale sont en mesure de chanter une
messe à trois voix, la "messe des pèlerins". On ne connaît pas d'acte
de fondation de la chorale de Veysonnaz, on sait cependant qu'une société de
chant dénommée "chant d'Eglise" apparaît dès l'inauguration de
l'église. Jusqu'en 1913, les chantres de Veysonnaz assurent encore le service à
l'église de Basse-Nendaz, un dimanche sur trois. Depuis lors, sous la direction
de Jean Fournier la chorale chante essentiellement à Veysonnaz et à Clèbes. Dès 1921, Lucien Fragnière est désigné comme directeur ; le choeur d'hommes
participe au festival d'Evolène en 1925, reçoit son
premier drapeau le 11 avril 1926 et chante au festival de Saxon en 1927. Ces
mêmes années, des problèmes apparaissent au sein de la société. Une partie des
membres de la Chorale, les jeunes surtout, fondent une
nouvelle société qui s'appelle "l'Echo des Glaciers". Les membres de
cette nouvelle chorale revendiquent le droit de pouvoir aussi chanter à la
tribune, ce sont essentiellement des personnes appartenant au parti Fournier.
Le conflit est porté à la connaissance de l'évêque du diocèse qui interdit aux
membres des deux sociétés de chanter à la tribune ; pendant quelques mois, la
messe dominicale n'est pas chantée. Dans ce contexte, l’évêque décide de faire
passer un examen à tous les membres des deux sociétés et il choisit dix
chantres de Clèbes et Verrey,
dix du parti Fournier et dix du parti Délèze. Après
cet examen, trente membres font partie de la Chorale et lorsqu'un membre de
l'un des partis quitte la société, c'est un jeune de ce même parti qui est
appelé à passer l'examen d'entrée. En 1950, un nouveau curé est nommé à
Veysonnaz : l'abbé Meinrad Vannay.
Ses onze ans de ministère sont pour la Chorale Ste-Cécile l'occasion d'un
renouvellement et la foule apprend à chanter. L'abbé Vannay met sur pied, en plus de la Chorale, un choeur mixte
paroissial qui chante aux grandes fêtes et à diverses occasions. C'est sous son
influence et ses conseils que la Chorale de Veysonnaz se décide à faire partie
de l'Union Chorale du Centre qui regroupe la plupart des sociétés de chant du
Valais central.
En 1952, on change également de directeur, Julien Bonvin, instituteur, reprend la baguette. Après cinq ans,
il s'établit à Sion et Aloys Praz accepte la direction de la société. Il est secondé dans sa tâche par Aloys Fournier, professeur, qui dirige les pièces en
polyphonie.
Depuis 1968, c'est Michel Praz qui
assume la direction de la Chorale Ste-Cécile dont le rayonnement dépasse les
frontières de la commune. Pour ne retenir qu'un exemple, elle participe, en
1978, à la fête cantonale des chanteurs à Brigue et organise la même année, pour
la deuxième fois, le festival de l'Union Chorale du Centre. C'est peu dire que
de souligner combien la mise en place de ces festivités a été une occasion de
mobilisation des énergies les plus inventives de toute la population de
Veysonnaz, Clèbes et Verrey.
D'ailleurs, la relève semble assurée puisqu'en 1972, Jean-Norbert Théoduloz, instituteur, fonde un choeur d'enfants dont la direction est reprise quatre ans plus tard par Christian Lathion qui en fait le "Choeur des jeunes".
Aujourd'hui, la Chorale Ste-Cécile est un choeur d'hommes d'une trentaine de membres. Elle chante
dans les offices dominicaux, les grandes fêtes religieuses, les mariages, les
enterrements etc.. De plus, elle organise chaque année
un concert, elle participe aux festivals de l'Union Chorale du Centre et assure
régulièrement des prestations à l'occasion de fêtes populaires ou de
réceptions.
Nous disions plus haut combien la vie des sociétés locales
et la vie sociale en général sont profondément interdépendants.
On ne saurait mieux illustrer cette réalité qu'en évoquant une anecdote dont
plusieurs se souviennent avec émotion, c'est l'histoire du drapeau. A la fin de
l'année 1925, les responsables et les membres de la Chorale décident d'acquérir
un drapeau ce qui, à l'époque, n'était pas une petite affaire. On prend conseil
dans les alentours ; le chanoine Eugène Fournier, curé de Vétroz,
donne aux responsables l'adresse d'une maison tessinoise ; on demande à Henri Délèze, instituteur, de prendre contact avec cette
entreprise. Au début de l'année 1926, on fixe la date de la bénédiction du
drapeau au 11 avril. La Chorale invite à cette manifestation les présidents des
communes voisines et de Sion, le préfet du district et diverses personnalités ;
la fanfare Rosablan-che de
Nendaz est également de la fête.
Après les festivités, le drapeau est entreposé chez Henri Délèze, parrain du drapeau. Mais en 1946, un litige éclate.
Les membres du parti Fournier veulent déposer le drapeau dans un placard à la
tribune de l'église, tandis que ceux du parti Délèze désirent le placer à la cure dans un meuble qui aurait été construit à cet
effet. Plusieurs membres de la Chorale écrivent à l'évêque du diocèse la lettre
suivante :
Excellence,
En qualité de membres de la
société chorale de Sainte-Cécile de la paroisse de Veysonnaz, nous prenons la
respectueuse liberté de vous informer que nous nous voyons dans l'obligation de
recourir auprès de votre haute autorité, contre la décision de Monsieur le
Révérend curé Zuber concernant notre drapeau, et que
vous avez sanctionnée de votre approbation.
Voici les motifs que nous
invoquons, pour justifier notre attitude dans un pareil litige.
1. Tout d'abord nous
affirmons qu'aucune décision valable n'a été prise par la société de
Sainte-Cécile, pour exiger que le drapeau soit déposé à la tribune de l'Eglise.
En effet nous avons assisté à
deux "répétitions" où il a été question du drapeau, nous avons eu des
discussions violentes pour ne pas dire davantage, mais aucune proposition
formelle n 'a été votée et rien n 'a été protocole.
D'ailleurs, Monsieur le Révérend curé de la paroisse n 'a jamais été présent dans nos réunions, et en vous écrivant à ce sujet, il ne
pouvait parler que par la bouche des tenants du clan politique Fournier. Nous
estimons que dans les circonstances telles que nous vivons actuellement dans
notre commune de Veysonnaz, une décision valable, en bonne et due forme,
concernant le drapeau, ne peut être prise légalement que par une assemblée
générale de la société convoquée au préalable par écrit, avec ordre du jour
indiqué.
Il est enfin nécessaire de
préciser qu'une telle exigence de remettre immédiatement le drapeau dans un
placard de la tribune de l'église, est née principalement en vue de satisfaire
les ambitions d'une majorité politique qui vient de voir le jour dans la
commune de Veysonnaz. Nous déplorons sincèrement que Monsieur le Révérend Curé Zuber se soit laissé prendre au jeu mesquin de ces
Messieurs.
2. En second lieu, nous
tenons à porter à votre connaissance, Excellence, que nous ne nous opposons
nullement à ce que le drapeau soit déposé dans un local paroissial. Dès le
début du présent litige, nous avons proposé qu 'il soit mis en dépôt à
la cure, dans un buffet aménagé à cet effet. Ainsi le drapeau était en sécurité
et directement sous la surveillance du chef de la paroisse. Par le fait même
les attitudes intransigeantes prises respectivement par les deux fractions de
notre société n'avaient plus leur raison d'être. Mais notre proposition fut
rejetée, y compris par Monsieur le Curé. Et cela, nous le savons, pour
sauvegarder à tout prix certaines prérogatives politiques.
Nous croyons que dans une
société à but religieux, c'est l'élémentaire charité de savoir concilier les
postulats raisonnables de chacun des ses groupes...
Après plusieurs assemblées et
délibérations, le drapeau est placé à la cure dans un endroit approprié et mis
sous surveillance du curé de la paroisse. Lors de la rénovation de la cure, un
placard spécial est construit à cet effet. Ceci dit, la Chorale Ste-Cécile est
certainement la société locale qui bénéficie de la plus longue histoire, elle a
marqué profondément la vie culturelle de Veysonnaz.
A Veysonnaz, on skie beaucoup, c'est le "sport
national". Il faut dire que la plupart des habitants pratiquent ce sport
ou y sont intéressés. Le Ski-Club de Veysonnaz, qui prend plus tard le nom de
Ski-Club "Mont-Rouge", est fondé en 1928
sous l'initiative d'Henri Délèze et de Louis Praz. Dans les anciens statuts de la société on peut lire :
«le but de la société est le développement physique de ses membres, l'entretien
de rapports amicaux et l'entraide mutuelle».
Au mois de juillet 1929 le premier comité du Ski-Club décide
d'organiser une fête au lieu dit "Plan des Vergers" ; il fallait
renflouer la caisse de la société. Cette manifestation remporte un vif succès.
On dit que les premiers skis qui sont arrivés à Veysonnaz ont été apportés par
Jean Praz qui travaillait aux fortifications à
St-Maurice. C'était des skis militaires qu'il prenait avec lui pendant le
week-end. Les skis qu'utilisaient nos aïeux étaient, en réalité, des douves de
tonneaux améliorées.
Durant les premières années de son existence, le Ski-Club a
organisé des concours avec obstacles ; vers 1940, il commence à mettre sur pied
des courses régionales ; il faisait partie d'une association regroupant les
Ski-Clubs de Sion, Vex et Hérémence ; chacun organisait, à tour de rôle, un concours annuel. Veysonnaz eut
l'honneur "d'ouvrir les feux". Les mordus du ski s'entraînaient
régulièrement et ils prenaient part aux compétitions régionales et cantonales.
Veysonnaz a eu son champion va-laisan de ski alpin,
Hermann Fragnière. Lorsque les jeunes participaient à
des concours, des problèmes de déplacement et d'hébergement se posaient très
souvent. Il fallait partir la veille de la course, faire parfois trois à qua-tre heures de marche, monter au sommet de la piste puis
reconnaître le parcours. Le lendemain, à la première heure, on procédait à une
nouvelle reconnaissance, à un examen des difficultés, puis on discutait de la
technique à mettre au point.
Le Ski-Club a continué d'organiser régulièrement des
concours locaux et régionaux. Avec le développement des remontées mécaniques,
il a pu mettre sur pied des compétitions sur le plan cantonal et national.
Depuis cinq ans environ on remarque une progression sensible du mouvement O J
(jeunes). Actuellement la société compte deux cent dix membres et quarante OJ.
Ses ressources sont constituées par le produit des lotos,
des tombolas, par les cotisations des membres actifs et passifs, les dons ainsi
que par le bénéfice de l'organisation de concours.
Le Ski-Club collabore étroitement avec l'Ecole suisse de
ski, surtout au niveau de l'enseignement du ski aux enfants. Il organise chaque
année un concours local, une sortie annuelle et diverses manifestations comme
l'organisation d'une journée de ski destinée au personnel de grandes entreprises.
Des jeunes du mouvement O J et cadets prennent part
régulièrement à des courses régionales et cantonales. On enregistre, à l'heure
actuelle, des résultats intéressants et prometteurs, fruits d'un travail
considérable des responsables.
Le développement de la station a déplacé la pratique du ski
sur les hauteurs. Cependant, il faut retenir que depuis longtemps des pionniers
ont lutté avec acharnement pour que le ski devienne ce qu'il est aujourd'hui :
un sport qui procure du plaisir à ses adeptes mais qui impose aussi des exigences
aux responsables.
Le Football-Club Veysonnaz a été fondé en juillet 1962. Les
promoteurs de cette initiative avaient été rendus sensibles à la nécessité de
mettre sur pied une société sportive pour offrir une occupation à la jeunesse
locale qui ne disposait guère de possibilités de loisirs, particulièrement dans
le domaine sportif.
L'un des membres fondateurs, Henri Fournier, rédige les
statuts qui sont acceptés en assemblée générale par vingt-huit personnes de
Veysonnaz, Clèbes et Verrey.
Le Football-Club (FC) poursuit le but suivant : «Développer la pratique du
football ainsi que l'éducation physique et morale de la jeunesse». Lorsque
l'équipe est bien rodée, elle met tout en oeuvre pour
accéder à une ligue supérieure.
En 1963, le FC Veysonnaz joue une pièce de théâtre qui est,
dit-on, un succès. Le fait que des joueurs de football deviennent des acteurs
de théâtre montre bien la multi-fonctionnalité de ces
associations locales. En 1964, le FC Veysonnaz est admis au sein de
l'Association valaisanne de football et d'athlétisme. Il est sacré deux fois
vice-champion de groupe de quatrième ligue. Par ailleurs, il participe à des
tournois hors-canton (Palé-zieux et Bôle).
Depuis la fondation de la société, les responsables souhaitent
pouvoir construire un terrain de football à Veysonnaz ou dans les environs. Ce voeu est resté, pour l'instant, sans effet. Une solution
satisfaisante sera-t-elle trouvée dans les années qui viennent ?
Ce ne sont pourtant pas les initiatives qui ont manqué. On
avait même envisagé d'aménager un terrain dans la forêt bourgeoisiale ; une
lettre avait été envoyée au département des forêts de l'Etat du Valais : Je
suis conscient du fait que la Bourgeoisie de Veysonnaz est pauvre et que
déboiser quelque cinq à six mille mètres carrés serait l'appauvrir de beaucoup.
Cependant je pense être logique et raisonnable en vous demandant de considérer
les personnes avant les choses. La Commune de Veysonnaz, tout le monde le sait,
est économiquement et financièrement au bas du tableau statistique. Il lui est
donc pratiquement impossible de fournir une autreplace.
Il semble qu'une solution soit en voie d'être trouvée en
collaboration avec deux communes voisines qui connaissent le même problème.
Aujourd'hui, le FC Veysonnaz évolue en quatrième ligue ;
seize joueurs forment le contingent de l'équipe. Ses ressources financières
proviennent, pour l'essentiel, des cotisations, des lotos, des dons et des
contributions des concours de pronostics. Le FC Veysonnaz espère actuellement
pouvoir accéder à une ligue supérieure, ce qui constitue une motivation
supplémentaire pour les joueurs, les jeunes surtout. A quelques nuances près, il
semble bien que le FC Veysonnaz a pu bénéficier d'un réel soutien de la population
et des diverses autorités locales.
Parallèlement à ces sociétés qui constituent des piliers de
l'associationisme local, Veysonnaz a vu naître et
s'éteindre une longue suite de groupes ou de mouvements de jeunesse que nous
voudrions évoquer brièvement avant d'esquisser une réflexion sur la
signification de cette série d'initiatives et d'échecs.
La Jeunesse
agricole catholique masculine (J.A.C.M.)
Ce groupe était l'expression locale du mouvement d'action
catholique bien connu, la J.A.C. Le secrétariat cantonal dirigé à l'époque par
les abbés Masserey et Bérard avait élaboré un
programme d'activité et un groupe s'était constitué à Veysonnaz entre 1947 et
1948. La J.A.C.M. organisait des soirées théâtrales, à Veysonnaz et dans les villages
voisins ; on dit que les rentrées étaient assez tardives et que le clergé
n'appréciait guère cet état de faits. Lorsque l'abbé Vannay a été nommé curé de Veysonnaz, il a entrepris la réorganisation du groupe. Une
vingtaine de jeunes en faisaient partie, la plupart d'entre eux étaient sans
formation. En effet, les jeunes étudiants ne revenaient au village que pour de
très courtes périodes, à Noël, à Pâques et aux vacances d'été. En fait,
l'activité de ce groupe n'a duré que six ou sept ans. Essoufflement ? manque de perspectives ? fragilité de l'organisation ? Les avis sont partagés sur les causes de la disparition de
ce groupe. Des témoins racontent que le bénéfice des soirées théâtrales était
en partie destiné aux besoins de la paroisse et géré par le curé. Un samedi, un
groupe de jeunes du mouvement s'en vont à la cure réclamer la caisse de la
J.A.C.M. Le curé la leur remet, ils montent à Champex et une fête a tôt fait de s'organiser...
La Jeunesse
agricole catholique féminine (J.A.C.F.)
Branche féminine de la J.A.C., ce groupement s'est constitué
à Veysonnaz en 1950, lorsque l'abbé Vannay a été
nommé curé. Son objectif était de favoriser les possibilités de rencontres et
d'assurer la formation des jeunes filles sur le plan moral et spirituel. A cet
effet, des retraites étaient organisées et le secrétariat cantonal proposait du
matériel et de la documentation pour favoriser la réflexion. Les membres de la
J.A.C.F. assuraient, en outre, un certain nombre de services : aides aux
malades et aux personnes âgées, assistances discrètes
à quelques familles dans le besoin ainsi que l'entretien et l'ornementation de
l'église.
Des réunions régulières se tenaient à la cure ; à la fin des
séances on chantait et dansait.
Il semble que beaucoup de jeunes filles qui n'avaient
généralement pas de formation aient connu de sérieuses réticences à entrer dans
le style de réflexion et de débat proposé par le mouvement. Certaines d'entre
elles avaient également des difficultés à payer la cotisation annuelle pourtant
relativement modeste. Et puis, hormis le clergé et le corps enseignant, le
mouvement n'a guère bénéficié du soutien de la population, on pensait que les
filles "perdaient leur temps".
C'est ainsi que le groupe s'est effrité et que le départ de
l'abbé Vannay a eu raison de la persévérance de
celles qui étaient restées.
En 1964, quelques jeunes gens de Veysonnaz, ne voulant plus
passer leurs soirées au bistrot, décident de faire une raclette ou une
grillade, de temps en temps, au lieu dit "La Carthéry".
A cet endroit, se trouve un gros rocher sous lequel on peut s'abriter ; le site
est magnifique avec une vue splendide sur les Alpes bernoises et la vallée du
Rhône ; on s'y rend en dix minutes, à pied.
Le groupe est composé de jeunes du village, parmi lesquels
plusieurs étudiants, mais aussi des jeunes de l'extérieur qui viennent
régulièrement en vacances au village. La motivation principale des fondateurs
est de rassembler la jeunesse du village pour une réunion mensuelle afin
d'établir des contacts, d'essayer de revivre les veillées d'antan.
L'enthousiasme du départ est très grand, les responsables décident de donner
plus d'ampleur et de dynamisme au mouvement en créant une gazette locale devant
paraître une fois par an. Ce journal est intitulé "le Carnet des
Chevaliers". Il veut permettre aux jeunes et à d'autres personnes du
village de s'exprimer. En outre, le rédacteur régional du quotidien valaisan
"La Feuille d'Avis du Valais" publie un article avec une photo du
groupe. Le journal est vendu par les jeunes du mouvement le dimanche, à la
sortie de la messe.
En fait, les débuts ne sont pas sans problèmes. Il faut
acquérir du matériel de polycopie, organiser la production du journal et
assurer sa diffusion ; on le vend à la criée le dimanche à la sortie de la
messe. Par ailleurs, une méfiance diffuse se fait sentir, on parle de
politisation du groupe. En réalité les fondateurs voulaient lutter contre les
tensions engendrées par les partis de famille et tisser des liens d'amitié et
de camaraderie entre des jeunes qui ne sont pas originaires du "même
bord". A partir de la deuxième année, les jeunes gens du village adhèrent
massivement au groupe ; la société devient mixte à partir de la troisième
année.
Dans la population locale les avis sont partagés. Certains
disent : «Ces jeunes font une bonne affaire, ils veulent avoir une autre
distraction que le bistrot, ils s'organisent eux-mêmes». D'autres, au
contraire, affirment que tout cela mènera à la perdition. Dans ces conditions,
les membres du groupe décident de construire leur propre local. Grâce à la
compréhension de l'ancien président Henri Délèze, les
Chevaliers aménagent leur lieu de rencontre dans le bâtiment de ce dernier. Ce
local prend rapidement l'allure d'un "carnotzet". Mauricette Gollut peint deux fresques qui représentent les armoiries
de l'Ordre et le sacre du Chevalier avec son épée, à genoux, devant le
Chambellan. La dive bouteille et la bonne chair ont bonne place dans la vie du
groupe. Lors des "ripailles" annuelles, on mange et on boit à
profusion. Quatre sorties annuelles viennent réjouir les Chevaliers, à savoir
deux sorties nocturnes sous le rocher de Carthéry et
deux sorties à l'alpage, durant l'été.
Dans les réunions régulières, on discute des problèmes du
journal, des problèmes de la vie au village. On esquisse également des
activités à caractère social : visites et cadeaux aux handicapés, aides
diverses à des familles nécessiteuses.
Lors de la réunion de constitution de l'Ordre avait eu lieu
le sacre du Chevalier. Le premier carnet des Chevaliers l'évoque ainsi : «Puis
nous vîmes, en grande première, le sacre du Chevalier, cérémonie présidée par
le grand Chambellan entouré de quatre Chevaliers d'honneur. Chaque Chevalier,
accompagné de son parrain, s'agenouillait sur un trône de pourpre aux pieds de
son Altesse le grand Chambellan. Traçant l'onction, celui-ci prononçait d'une
voix émue les paroles rituelles du sacre : Venez, Chevalier, nous t'invitons à
prendre place dans les rangs de l'Ordre de Carthéry.
Jurez-vous fidélité et loyauté aux commandements de l'Ordre
? Le Chevalier d'une voix tremblante répondait : Je le jure !
Acceptez-vous de prendre pour légitime épouse la dive channe
? Oui, s'écriait le Chevalier !
Lui présentant un gobelet, le grand Chambellan le sacrait
Chevalier en ces termes :
En vertu des pouvoirs qui m'ont été conférés, je vous sacre
Chevalier de l'Ordre de Carthéry. Les Chevaliers
reprenaient alors d'un seul choeur le refrain de
l'Ordre :
Chevalier de la Carthéry
Prends ton verre ou le gobelet et déguste à belles lippées l'ambroisie
chaude de la treille.
II n'est pas aisé de déceler les causes de la dissolution du
groupe. Certains leaders ont quitté le village, les cotisations rentrent mal et
l'indifférence des adultes, voire leur méfiance deviennent pesantes. Certains
disent que c'est, en définitive, la question des partis de famille qui a
entraîné la disparition de l'Ordre des Chevaliers de Carthéry.
La Stella
Les fondateurs de la Stella se recrutaient parmi les jeunes
du village qui avaient entre dix-huit et vingt ans mais l'initiateur de ce
projet est Yves Haenni, un genevois dont les parents
avaient un chalet au-dessus du village ; étudiant à l'Université de Genève, il
avait, selon les jeunes du village, d'excellentes idées.
La Stella était animée par un comité de quatre personnes.
Aux yeux de certains, c'était un mouvement "intellectuel". En outre,
une "équipe journal" jouait un rôle important ; elle comprenait un
administrateur et un rédacteur en chef.
En effet, la principale motivation du début était la
rédaction d'un journal qui s'adressait à tous les gens du village et de la
paroisse ; il était vendu le dimanche, à la sortie de la messe. Les
collaborateurs du journal se recrutaient parmi les responsables de la société
et la population : on trouvait le mot du président de la Stella, celui du
caissier qui se faisait du souci pour les finances, le mot de la représentante
féminine. D'autres collaborateurs du journal se recrutaient parmi les autorités
et les personnes d'expérience. L'abbé Anzévui,
professeur de philosophie au collège de Sion et un international de football
avaient fourni des articles. Il semble bien que ce groupe ait répondu à une
réelle attente diffuse dans la jeunesse. La vie quotidienne était marquée par
la monotonie, des possibilités d'activités culturelles quasi-inexistantes ;
l'abus de l'alcool inquiétait certains.
Dès que le groupe est constitué, les projets ne manquent
pas. On veut réaliser des activités théâtrales, on envisage de construire un
local pour les jeunes. L'abbé Menoud, de Fribourg,
vient expliquer aux parents qu'il faut "laisser faire un bout de chemin à
cette jeunesse". Un projet est déposé devant le conseil communal qui
l'examine et demande un délai de réflexion d'une année. Pendant ce temps les
contacts avec d'autres sociétés sont étroits ; une dizaine de membres de la Stella
commencent leur entraînement au F.C. Veysonnaz. On prévoit également de créer
une bibliothèque paroissiale sur la base d'un legs du chanoine Henri Praz. Mais les nuages ne tardent pas à se lever.
Encore une fois, on parle de politisation du mouvement. A
chaque nomination d'un responsable, on craint l'emprise d'un parti de famille.
Par ailleurs, la gestion interne du groupe devient problématique ; certains
commencent à "faire la foire" et, dit-on, plusieurs parents
"mettent les pieds contre le mur". L'activité de la Stella aura duré
moins d'une année.
La Jeunesse
rurale catholique (J.R.C.)
Un mouvement d'action catholique rural réapparaît en 1967;
c'est en quelque sorte une résurgence de la J.A.CM. et de la J.A.CF., la mixité ayant été admise au sein de ce mouvement.
Quelques jeunes de Clèbes et de
Veysonnaz se rendaient régulièrement à Sion pour participer à des réunions ou à
des sessions de travail. Pourtant, les activités proposées par le secrétariat
cantonal ne semblent pas avoir soulevé beaucoup d'intérêt à Veysonnaz. On s'est
donc mis à faire du théâtre ou à jouer des sketches en patois écrits
spécialement par l'abbé G. Miche-let. Après quelques
années le mouvement se dissout...
Et renaît le
groupe théâtre
Un soir de juillet 1973, trois jeunes de Veysonnaz boivent
un verre sur une terrasse. Ils évoquent les problèmes de la jeunesse et
constatent que les bistrots sont les seuls lieux de rencontre possibles. Ils
décident de tenter la constitution d'un groupe de jeunes ; une circulaire est
diffusée et dix-huit garçons et filles se retrouvent autour d'une table. Un
débat très animé s'ouvre, chacun peut exprimer son avis, on décide de faire du
théâtre. Quelque temps après germe un nouveau projet : réaliser un film sur le
passé de Veysonnaz. Des groupes de travail se constituent ; mais, bien vite, le
projet échoue en raison des difficultés techniques et de l'absence de moyens.
En 1975, le groupe se dissout, emporté sans doute par la désillusion et
l'amertume de cet échec.
Cette évocation de l'histoire des groupements de jeunesse à Veysonnaz présente un caractère répétitif. Des initiatives, des projets, quelques réalisations, des obstacles et puis la dissolution. Pourquoi ce long cortège de riches initiatives et d'échecs ? Il n'est guère aisé de risquer des interprétations, pourtant, force est de constater ce permanent appétit d'expression autonome dans la jeunesse et la pesanteur des obstacles voire des méfiances qui viennent à bout des plus chauds enthousiasmes. Et aujourd'hui ?